Les communautés religieuses et le développement de Sainte-Foy
Les communautés religieuses ont profondément marqué l’histoire de Sainte-Foy, tant par leurs propriétés foncières que par leurs œuvres sociales, éducatives et de santé. Longtemps propriétaires de grands domaines et de terres agricoles, elles ont façonné le paysage par leurs bâtiments souvent monumentaux et par les activités qu’elles y ont développées, allant de l’enseignement à l’accueil des malades et des jeunes.
Origines et premières implantations
À la fin du 19e siècle et au début du 20e, Sainte-Foy attire plusieurs congrégations en quête de domaines spacieux pour y installer couvents, écoles et institutions. Parmi elles, les Sœurs du Bon-Pasteur achètent en 1881 des terres au nord du chemin Sainte-Foy, qu’elles exploitent pour nourrir leur communauté et où elles ouvrent une maison de repos. Les Sœurs de la Charité dirigent, dès 1918, l’Hôpital Laval, construit en plein champ, et poursuivent l’exploitation agricole pour subvenir aux besoins des malades.
Les Frères des écoles chrétiennes acquièrent également des terres pour y établir la maison Saint-Joseph en 1926, aujourd’hui le pavillon Montcalm, et développent des activités agricoles pour former leurs élèves. Ces communautés introduisent ainsi une architecture monumentale, avec des bâtiments conventuels accessibles par de longues allées bordées d’arbres, transformant le paysage rural de Sainte-Foy.
Enseignement et prestige
L’éducation constitue un des piliers de l’action religieuse à Sainte-Foy. Les Sœurs du Bon-Pasteur prennent en charge l’école du village puis celle du chemin Saint-Louis dès 1902, en y ouvrant un couvent. Elles dirigent également la nouvelle école normale du boulevard des Quatre-Bourgeois, qui deviendra le collège Marguerite-D’Youville.
Les Frères des écoles chrétiennes, quant à eux, déplacent leur académie centenaire du Vieux-Québec vers Sainte-Foy dans les années 1960, où elle fonctionne jusqu’à la transformation en Cégep de Sainte-Foy en 1967. Les religieuses du Sacred Heart of Mary inaugurent sur le chemin Saint-Louis l’école anglophone Marymount, complétant le réseau éducatif religieux du secteur. Ces institutions font de Sainte-Foy un pôle d’enseignement reconnu, offrant aux jeunes un accès à des études classiques, techniques et modernes.
Santé, œuvres sociales et soin des plus vulnérables
Au chapitre de la santé, l’Hôpital Laval et ses pavillons, dirigés par les Sœurs de la Charité, deviennent rapidement renommés pour le traitement de la tuberculose et des maladies respiratoires. Avec l’arrivée de traitements efficaces et le développement de la recherche, l’hôpital évolue vers des spécialités comme la pneumologie et la cardiologie, avant d’être cédé à l’État en 1975.
Les religieuses assurent aussi la prise en charge des jeunes filles et femmes en difficulté. En 1931, les Sœurs du Bon-Pasteur administrent le Refuge Notre-Dame-de-la-Merci (aujourd’hui boulevard René-Lévesque Ouest), premier établissement carcéral pour femmes, et ouvrent plus tard à Cap-Rouge le Refuge Notre-Dame-de-la-Garde pour jeunes délinquantes et la Résidence Saint-Charles pour orphelines.
Expansion foncière et urbanisation
Après la Seconde Guerre mondiale, l’urbanisation rapide de Sainte-Foy oblige les congrégations à se rapprocher du campus de l’Université Laval et à occuper les vastes propriétés disponibles. En 1947, les religieux de Saint-Vincent-de-Paul ouvrent une maison de formation sur le chemin Sainte-Foy, et les Frères du Sacré-Cœur construisent un juvénat sur les hauteurs de Champigny. À cette période, les communautés possèdent près du tiers du territoire de Sainte-Foy et 60 % des terres disponibles au développement immédiat.
Si cette présence ralentit l’urbanisation et prive la municipalité de revenus fonciers, elle assure la préservation temporaire de domaines historiques, tout en permettant l’implantation d’institutions éducatives, sociales et de santé. Progressivement, certaines propriétés sont vendues pour des développements résidentiels, comme la maison générale des Sœurs du Bon-Pasteur inaugurée en 1965.
Héritage et mémoire
Aujourd’hui, les communautés religieuses sont moins nombreuses, victimes du vieillissement de leurs effectifs et de l’absence de relève. La majorité de leurs établissements a été reprise par l’État ou des corporations laïques. Cependant, leur empreinte historique demeure à travers les couvents, écoles, hôpitaux et œuvres sociales qu’elles ont fondés. À Sainte-Foy, ces institutions témoignent encore de plusieurs siècles de mission éducative, sociale et religieuse, et restent une part essentielle de la mémoire du territoire.