PONT DE QUÉBEC
Entre la route de l’Église et le pont de Québec, le chemin Saint-Louis a longtemps perdu son étroitesse initiale et ses courbes prononcées. Bordé de petits centres commerciaux, de stations-service, d’immeubles et de bungalows, il semble sorti de la seconde moitié du 20ᵉ siècle. Pourtant, entre la rue de Rouville et l’avenue Lavigerie, subsiste un îlot de maisons centenaires, vestiges du passé ouvrier lié au chantier du pont de Québec.
Le chantier du pont, inauguré le 2 octobre 1900, marque un tournant historique. Le premier ministre Wilfrid Laurier pose la première pierre du pilier nord. Pendant près de 17 ans, jusqu’au passage du premier convoi ferroviaire en 1917, des centaines d’ouvriers travaillent sur les deux rives dans des conditions difficiles. Deux effondrements de travées causent la mort d’environ 90 travailleurs. Des voies ferrées sont également construites pour relier Cap-Rouge et le port de Québec, faisant de la zone un centre d’activité intense.
L’essor industriel et l’expansion de la ville attirent promoteurs et spéculateurs :
- La Compagnie de Sainte-Foy, dirigée par Georges-Élie Amyot, lance en 1911 le projet de Pontville au nord du chemin de Cap-Rouge, espérant atteindre 10 000 habitants en cinq ans, mais la bulle spéculative éclate.
- La Frank Carrel Limited, plus modeste, vend des lots aux travailleurs du pont et des chemins de fer, donnant naissance à un petit îlot ouvrier.
Une école est construite pour les enfants de ce quartier, dirigée dès 1917 par les religieuses du Bon-Pasteur, qui resteront 25 ans. Dans les années 1930, une nouvelle école de brique, surnommée « l’École rouge », est érigée et sert également de lieu de culte.
Au début des années 1950, le secteur est officiellement appelé « Pont-de-Québec ». Les habitants participent à la vie communautaire, construisant par corvée une patinoire et conservant l’esprit de solidarité. Les années 1950 et 1960 voient l’achèvement de la transformation en banlieue résidentielle, avec ouverture de nouvelles rues et construction de bungalows, tout en préservant des maisons anciennes comme témoins du passé ouvrier.














